GreyPride lance un label contre la discrimination des LGBT

« Vous savez, les résidents d’aujourd’hui, ils ont connu et vécu les luttes comme le VIH, la reconnaissance des couples de même sexe en concubinage ou le mariage. Or, désormais arrivés en fin de vie, ils basculent de nouveau dans l’invisible et ne supportent pas de retourner au placard » , a développé Sylvain Guyot, président de l’association GreyPride. Pour mieux intégrer la communauté LGBT dans les Ehpad, GreyPride a mis en place des formations destinés aux salariés volontaires. 

Découvrez ci-dessous un article paru dans Géronto News portant sur les détails et les objectifs de cette formation, avec une intervention de Romy Lasserre, Directrice de la Résidence Péan, à Paris.

Afin de mieux intégrer la communauté LGBT dans les Ehpad et d’aider les professionnels à consolider leur accompagnement envers les résidents, l’association propose une formation aux salariés volontaires. Une quarantaine d’établissements se sont lancés dans la démarche.

« Ce label, c’est pour prendre en compte les besoins affectifs, la sexualité et la diversité des vieux », a résumé Sylvain Guyot, président de l’association GreyPride, le 23 août auprès de Gerontonews.

Son constat est simple, la discrimination envers cette minorité est toujours d’actualité. « Lorsque j’interviens en Ehpad pour une séance de sensibilisation on s’en rend très vite compte. Il arrive qu’un résident s’exprime sur son homosexualité pour la première fois alors qu’il est dans la résidence depuis un certain temps. Une résidente nous a déjà raconté qu’elle a toujours dit aux personnels que c’était sa voisine qui venait lui rendre visite alors que c’était sa compagne. »

Ces situations sont aujourd’hui un non-sens, a déploré le président de l’association, pour qui la vie affective et sexuelle ne doit plus être « une zone de silence et de maltraitante, mais au contraire un élément indispensable de la qualité de vie des personnes accueillies ».

« Vous savez, les résidents d’aujourd’hui, ils ont connu et vécu les luttes comme le VIH, la reconnaissance des couples de même sexe en concubinage ou le mariage. Or, désormais arrivés en fin de vie, ils basculent de nouveau dans l’invisible et ne supportent pas de retourner au placard », a-t-il développé.

Le label lancé a plusieurs objectifs: que les résidents se sentent plus libres de s’exprimer et que les personnels puissent avoir plus d’outils pour accompagner « les sexualités plurielles ».

Des référents pour les salariés, la direction et les familles

 

Dans le détail, le label se compose de la signature d’une charte, d’une séance de sensibilisation pour les résidents, d’une formation des personnels volontaires et de la nomination de référents au sein de l’établissement.

La séance de sensibilisation des résidents (accompagnés par les professionnels volontaires) prend la forme du visionnage « d’un film suivi d’un débat », a décrit Sylvain Guyot.

Les professionnels sont ensuite invités à suivre deux jours de formation. « C’est un dialogue ouvert dans lequel deux formateurs avertis quant aux problématiques LGBT en Ehpad et à la sexualité des seniors ont carte blanche. Ils répondent aux questions et donnent des clés », a-t-il poursuivi.

A l’issue de ces deux journées, quatre référents sont désignés au sein des professionnels de l’Ehpad. « Ils suivent quatre jours de formation supplémentaires avec des mises en situation, par exemple ‘que faire si je rentre dans une chambre alors que le résident se masturbe’, ‘comment accompagner un résident souhaitant dormir dans la chambre d’un voisin’, etc. »

Les référents deviennent par la suite des relais pour leurs collègues, la direction ou les familles.

Chaque Ehpad qui entame la démarche reçoit le label une fois toutes les étapes validées.

Le label donne aussi accès à deux lignes d’écoute: l’une destinée aux résidents, l’autre aux professionnels des établissements (cette dernière sera ouverte le 5 septembre) afin de répondre aux questions ou aider à la gestion de situations difficiles.

Côté financement, la formation peut être prise en charge via « le budget formation » de l’établissement (l’association GreyPride est épaulée par l’organisme de formation agréé TLC Conseil) et est « facturée 250 euros ».

« Moins de gênes » dans les équipes

 

A ce jour, la mairie de Paris a fait part de sa volonté de labelliser les 15 Ehpad de son centre d’action sociale (CASVP). Deux d’entre eux, les établissements Harmonie à Boissy-Saint-Léger (Val-de-Marne), et Annie-Girardot (XIIIe arrondissement de Paris) ont terminé leur formation.

Contacté par Gerontonews le 25 août, Florent Aboudharam, directeur de l’Ehpad Harmonie, a choisi de s’y lancer pour faire bouger les lignes. « J’étais volontaire pour la tester de façon expérimentale et lancer le débat dans un cadre professionnel », a-t-il expliqué.

L’établissement Harmonie a d’abord formé trois référents volontaires (une infirmière, une animatrice et un agent hôtelier) entre avril et mai 2022 pendant quatre jours. « La formation a été mutualisée avec l’Ehpad Annie-Girardot, ce qui a permis d’enrichir le débat sur l’accompagnement professionnel. »

Dans la foulée, l’Ehpad Harmonie a organisé deux journées de sensibilisation auprès de 12 personnes représentants chaque service de son établissement. « Les débats étaient plus houleux, il y a une acculturation et des sensibilités différentes. L’objectif était de briser la glace », a-t-il poursuivi.

Résultat? Plusieurs mois après, cette formation a été, selon lui, « très positive » pour ses équipes. « J’ai le sentiment qu’il y a moins de gênes. Le label GreyPride donne un cadre à des discussions qui avant étaient gênantes et vu comme très intimes. Les référents sont plus à l’aise pour agir. Ils vivent leur rôle. »

Le label a déjà traversé les frontières de la capitale. Une trentaine d’Ehpad ont entamé une démarche d’inscription. « Dans 90% des cas, ce sont souvent les directeurs d’établissement qui prennent contact avec nous, parfois ce sont des psychologues ou des travailleurs sociaux », a ajouté Sylvain Guyot. « A la fin de l’année, une poignée d’établissements situés vers Annemasse en Haute-Savoie, Lens et Lille dans les Hauts-de-France, Poitiers dans la Vienne, Port-Vendres dans les Pyrénées-Orientales auront terminé leur formation ».

En Ile-de-France, l’Ehpad associatif Péan (Paris XIIIe) s’apprête aussi à se lancer au premier trimestre 2023. Jointe par Gerontonews le 24 août, la directrice, Romy Lasserre Saint-Maurice, détaille ses motivations. « On défend ce projet depuis longtemps, nous avons d’ailleurs intégré le volet sexualité et le label dans notre nouveau projet d’établissement. »

Concrètement, pour cette directrice, « afficher le label, c’est afficher le respect et le bien-être de chacun » mais surtout, c’est prendre le sujet à bras-le-corps. « Plus on sera dynamique, plus les mentalités évolueront vite », a-t-elle conclu.
Sophie Martos

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